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La fabuleuse histoire d’Hector Résistor.

 

Imaginez un groupe d’une centaine de personnes invitées à déguster un plat de champignons qui contient plusieurs exemplaires d’une espèce mortelle pour l’Homme.  Pendant la nuit, tout le groupe tombe malade et les secours arrivent trop tard. Seul un homme, Hector Résistor, reste vivant et n’a même pas développé de symptômes bien qu’il ait repris deux fois des champignons. Pourquoi Hector Résistor a survécu ?

Le champignon contient une toxine qui va se fixer sur un récepteur des cellules des muscles respiratoires et bloquer leur fonction vitale permettant aux poumons de fonctionner. La toxine est une protéine, enchainement d’acides aminés qui, comme une clé dans un cadenas, va s’imbriquer dans une autre protéine fixée à la surface de la cellule. Cette liaison va provoquer un blocage de certaines fonctions vitales de la cellule qui ne pourra plus fonctionner : la personne meurt asphyxiée.

Hector Résistor, lui, a la chance d’avoir eu, dans sa généalogie, des ancêtres ayant survécu à une grande famine en s’habituant à consommer des quantités de plus en plus importantes de champignons toxiques. La sélection était dure et la mortalité importante, mais un petit groupe de survivants à pu se reproduire, et ont ainsi transmis à Hector un gène codant pour un récepteur cellulaire n’ayant pas d’affinités pour la toxine du champignon. Ses fonctions cellulaires restent donc intactes, et Hector pourra transmettre son gène à ses descendants, qui n’auront plus peur des champignons.

Sans le savoir, Hector Résistor a reçu un gène de résistance à une agression extérieure grâce à un mécanisme identique à celui permettant à certaines bactéries de résister à un antibiotique. En effet, tout médicament se fixe sur une cible thérapeutique et va être ainsi capable de soigner une maladie. L’objectif des médicaments anti-infectieux est de tuer les virus, bactéries, et parasites responsables de la maladie. Face à cette agression, l’agent infectieux va subir des pertes importantes jusqu’à la sélection et l’expansion de populations génétiquement résistantes jusqu’alors fondues dans la masse.

Tout médicament est administré suivant un schéma thérapeutique qui lui est propre. Par exemple, les antibiotiques doivent être pris plusieurs jours de suite afin de cumuler une dose suffisante permettant l’élimination, non seulement des symptômes de la maladie, mais également de la bactérie responsable. Un bon respect des doses élimine 100% des bactéries. Par contre, si la dose est insuffisante, les signes de la maladie disparaissent avec la majorité des agents infectieux, mais quelques bactéries vont rester en vie au milieu d’une dose insuffisante de médicament, et vont en profiter pour apprendre à s’en défendre : les bactéries auront muté pour échapper à l’action de l’antibiotique concerné, et se propageront par l’intermédiaire d’autres individus infectés auquel le médecin prescrira le même antibiotique. 

Non seulement les agents infectieux se mithridatisent en présence de doses infimes de médicament, mais ils sont capables de transmettre leur apprentissage à leur descendance au même titre que les ancêtres d’Hector Resistor lui ont transmis le gène de résistance au champignon mortel.

L’adaptation à l’environnement est la base de l’instinct de survie de toute espèce animale ou végétale. Toute modification d’un environnement (biotope), qu’il s’agisse du milieu sanguin ou d’un écosystème terrestre, entraîne obligatoirement un bouleversement au sein des populations des êtres le colonisant, suivi par une adaptation à la nouvelle situation de la part des survivants.      

Ces phénomènes d’adaptation génétique sont à l’origine de la résistance des bactéries aux antibiotiques et montrent la nécessité de développer de nouvelles approches thérapeutiques.

 


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