Quand on regarde l’étendue de la culture des cépages dits bordelais dans le Monde, leur origine bordelaise semble acquise par tous. Pourtant la réalité est bien plus complexe. Très récemment, l’identification génétique et les recherches ampélographiques ont permis de mieux savoir d'où proviennent ces cépages si précieux pour la qualité des vins de Bordeaux.
Les rouges descendent de la montagne...
Pour les rouges, la famille des Cabernets est très importante. L’étude du cépage Cabernet franc permet de mieux retracer cette histoire commune. Au premier siècle de notre ère, un ensemble de variétés de vigne a commencé à être cultivé à Bordeaux, grâce à l’intuition du peuple des Bituriges Vivisques qui habitait cette région et qui avait certainement compris qu’il fallait y acclimater des vignes différentes de celles adaptées aux conditions méditerranéennes. Parmi cet ensemble, au fil des siècles, ont été sélectionnés les "Cabernets" qui font la noblesse des vins de Bordeaux
Il est d'abord fort probable que les premiers agriculteurs des environs des montagnes humides de Navarre ou du Béarn avaient repérées dans les forêts, les formes les plus intéressantes parmi de nombreuses variétés sauvages, appelées aussi lambrusques, et les avaient domestiquées pour les cultiver. Par exemple la variété controversée et peut être mythique Biturica, qu’elle fut cultivée à Bourges (Bituriges Cubi) ou à Bordeaux (Bituriges vivisques) fut certainement tirée d'un ensemble de lambrusques autochtones de la zone atlantique humide. Beaucoup plus tard, ces ensembles de vignes sauvages ont fini par donner, ce qu’on appelle aujourd’hui les « cépages population ». Au sein d'un "cépage population", les différences sont si faibles qu'il est souvent difficile de les révéler, même avec des techniques très modernes de marquage moléculaire.
…mais sont arrivés à Bordeaux par la mer !!!
Puis, les nombreux échanges qui ont eu lieu au premier siècle de notre ère (et même avant) le long des côtes Cantabrique et Basque et de la façade atlantique, ont permis l'exportation de ces premières formes cultivées des zones montagneuses vers d'autres horizons. A partir de la période romaine, on peut penser que la diffusion de ces cépages "population" a été facilitée grâce aux activités commerciales (ou d'autre nature) par voie maritime, de l’Espagne Cantabrique vers la façade atlantique française. Ces trajets sur de longue distance ont favorisé le « dépaysement » de ces premiers cépages. Puis ils ont gagné l’intérieur des terres grâce à la navigation sur les fleuves côtiers : l’Adour vers les Landes (Capbreton, Chalosse, Tursan) et le Béarn (Béarn, Madiran), la Gironde vers Bordeaux, la Loire vers l’Anjou. Plus tard, entre l’an Mil et le XIIIéme siècle, les nombreux pèlerins sur les routes de St Jacques de Compostelle ont été à leur tour, des acteurs importants de la diffusion de ces variétés.
Le Cabernet franc : à l'origine de beaucoup de cépages rouges du Bordelais.
Le Cabernet franc est un très bon exemple de ces «cépage population». En effet il est caractérisé par une grande diversité de formes. De plus de nombreuses variétés locales anciennes se sont révélées être du Cabernet franc, bien que portant un autre nom (synonyme). Les principales sont l’Acheria la plus archaïque (zone d’origine), le Bouchy en Béarn, le Capbreton rouge dans les sables, la Grosse Vidure en Médoc (zone d’introduction par la Gironde et planté autour de Bordeaux dans les graves) le Bouchet du Libournais, ou le Breton de la vallée de la Loire (zones d’implantation plus récente). Il faudrait rajouter l’Ondarrabia beltxa ou Cruchen nègre et le Morenoa du Pays basque.Le Cabernet sauvignon est quand à lui, un fils de Cabernet franc et Sauvignon blanc, la rencontre des parents ayant sûrement eu lieu dans le Centre Ouest. Le Merlot est lui aussi un un fils de Cabernet franc avec un autre parent encore inconnu. Enfin la Carménère est certainement une forme mutante de Cabernet franc.
Petit Verdot et Gros Verdot semblent provenir plus directement des formes sauvages du Béarn car leur morphologie rappellent beaucoup les lambrusques.
Le Malbec ou Cot a été quant à lui introduit vers 1740 par Mr Vassal de Montviel au Château de Pressac à St Etienne de Lisse. Il a été appelé d’abord Noir de Pressac.
Et les blancs alors ?
Le Sauvignon blanc semble plutôt originaire du Centre de la France comme le Chenin ou la Folle blanche qui représentent l'interface entre la famille des Messiles (centre de la France) et celle des Folloïdes (plutôt du Centre Ouest).
Le Sémillon semble être le seul cépage bordelais de longue date, originaire probablement du Sauternais.
La Muscadelle, quant à elle, semble appartenir à la nombreuse descendance du Gouais blanc cépage bourguignon maintenant disparu.
L’Ugni blanc a été ramené d'Italie par les Etrusques avant la conquête romaine, Installé dans la région de Nice, il a ensuite été introduit par les papes en Avignon. Plus tard (environ vers l'an 1500), ce cépage a été planté à Bordeaux. C'est l'un des rares exemples de cépage mediterranéen ayant gagné les zones atlantiques. Après la crise phylloxérique, il a servi à reconstituer le vignoble de Cognac (St Emilion des Charentes).
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