Plus près de nous, cet étonnant organisme a également permis la découverte d’un mécanisme (désigné par l’acronyme RIP) grâce auquel le génome (l’ensemble du matériel héréditaire) se défend contre des hôtes indésirables, des passagers génétiques clandestins qui veulent faire le voyage de génération en génération sans avoir payé leur billet.
Ces envahisseurs peuvent être des virus ou des éléments génétiques mobiles (on dit éléments transposables) qui ont la faculté de s’insérer dans le matériel génétique de l’hôte et d’y rester de génération en génération comme des parasites puis de sauter de cette cachette vers un autre hôte. Le moyen de protection mis en place ne relève pas d’une réaction immunitaire qui implique la coopération de nombreuses cellules entre elles pour circonvenir l’envahisseur; il s’agit d’un mécanisme autonome au noyau de la cellule. En quelque sorte, elle fait le ménage dans son propre noyau et détruit ces passagers clandestins. Les virus et les éléments transposables sont en général présents en plusieurs copies. Le mécanisme de RIP est capable de passer en revue l’ensemble du génome à la recherche de segments qui sont répétés et donc pouvant potentiellement correspondre à de tels parasites génétiques. Une fois repérés, ces segments sont alors impitoyablement détruits, ils sont criblés de mutations ce qui les rend inactifs à jamais.
La tâche de la cellule pour repérer ces intrus est d’une complexité inimaginable. Une répétition d’un court segment de 500 bases (les caractères génétiques élémentaires) peut être détectée et inactivée par ce mécanisme dans un génome de 30 000 000 de bases. C’est un peu comme si on était capable en quelques minutes de repérer un mot répété deux fois dans un texte d’une centaine de pages!
Ce sont les recherches sur Neurospora qui ont permis de mettre en évidence ce mécanisme de défense que l’on retrouve chez tous les êtres vivants.
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