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Certaines maladies sont dites multifactorielles car elles sont dues à l’interaction entre des évènements génétiques et des facteurs environnementaux. Ce sont des maladies fréquentes, présentes chez une personne sur 50 ou 100 dans la population, telles que le diabète, l’hypertension artérielle, l’asthme, la polyarthrite rhumatoïde, la maladie de Crohn, certains cancers, et certaines maladies psychiatriques comme la schizophrénie. Pourquoi dit-on que ces maladies ont une composante génétique ?L’argument le plus important est l’existence de cas familiaux, avec plusieurs personnes atteintes de la maladie dans les différentes générations. De plus l’étude de vrais jumeaux, qui sont génétiquement identiques, montre que si l’un des jumeaux est atteint de la maladie le second a davantage de risque de développer la maladie que les autres frères et sœurs, ou des faux jumeaux. C’est donc bien que des facteurs génétiques interviennent. Combien de gènes sont impliqués dans chacune de ces maladies ? Nous ne le savons pas encore : leur nombre pourrait être inférieur à 10 dans certaines, et de plusieurs dizaines dans d’autres.Des facteurs génétiques, mais pas uniquement.Cependant, dans une paire de jumeaux, ce n’est pas parce qu’un jumeau est atteint, que le second le sera également : le risque de développer la maladie est même généralement bien inférieur à 100% (20% pour la polyarthrite rhumatoïde par exemple). C’est donc bien que les facteurs génétiques n’interviennent pas seuls, mais que d’autres facteurs de risque, dits environnementaux, interviennent également. Les facteurs environnementaux peuvent être très divers : alimentation, boisson, tabagisme, qualité de l’air, sédentarité, stress, choc psychologique, etc. La notion de prédisposition.Les observations faites chez les vrais jumeaux et la coexistence de plusieurs facteurs génétiques et environnementaux indiquent que les gènes impliqués dans ces maladies doivent être considérés uniquement comme des gènes de prédisposition ou de vulnérabilité. Ainsi, avoir une mutation dans un ou même plusieurs gènes de prédisposition ne signifie pas que l’on sera malade. A l’extrême, on pourrait imaginer avoir des mutations dans tous les gènes de prédisposition et ne jamais développer la maladie si l’on n’est jamais en contact avec les facteurs environnementaux déclenchants. C’est pourquoi dans les maladies multifactorielles, même si certains gènes de prédisposition à telle ou telle maladie ont été découverts, des tests génétiques ne sont pas pratiqués dans le cadre d’un conseil génétique, car ils n’auraient aucune valeur diagnostique, prédictive, ni pronostique, en tout cas à l’heure actuelle, les connaissances demeurant trop parcellaires. C’est l’une des grandes différences avec les maladies monogéniques, dans lesquelles les mutations intervenant sont directement la cause de la maladie. Une transmission non mendélienne.Le mode de transmission des maladies multifactorielles ne répond pas aux lois de Mendel. Le risque de réapparition de la maladie d’une génération à l’autre ne peut être estimé que de façon empirique, sur la base d’études menées sur un grand nombre de familles. Il n’y a pas de règle générale, chaque maladie ayant ses particularités, qui peuvent tenir notamment au nombre de gènes impliqués dans le développement de la maladie.Que savons-nous des maladies multifactorielles ?Notre connaissance de ces maladies reste encore très parcellaire. Si quelques gènes de prédisposition ont été identifiés, on n’en est encore qu’aux balbutiements. Le nombre de gènes impliqués est inconnu. Certains gènes jouent-ils un rôle majeur et d’autres un rôle mineur ? Le rôle, dans le développement de la maladie, des gènes qui ont été identifiés reste la plupart du temps mal compris. Ainsi, l’on sait depuis plus de trente ans que le facteur HLA B27 intervient dans la prédisposition à la spondylarthrite ankylosante, mais l’on ne sait toujours pas par quel mécanisme. Quant aux interactions entre facteurs génétiques et environnementaux, elles demeurent méconnues, et ce ne sera sans doute pas la plus mince des énigmes à élucider. Le grand défi.La recherche sur les maladies multifactorielles constitue l’un des défis majeurs de la recherche médicale des prochaines décennies. On se trouve en effet devant l’exemple typique d’une question médicale pour laquelle la recherche de solutions n’est rendue possible qu’aujourd’hui, grâce à l’existence d’une carte détaillée et à la séquence de notre génome. C’est cela qui permettra la découverte des gènes impliqués dans ces maladies, étape indispensable pour comprendre les mécanismes, et ensuite rechercher des traitements capables de réparer les mécanismes déficients. Tout ce pan de la médecine bénéficiera à plein des avancées de ce champ de recherche gigantesque qui s’ouvre devant nous, concernant les aspects fonctionnels des gènes, et des génomes tout entiers, sans compter les interactions entre génétique et environnement. On l’a compris : on est au cœur de ce que l’on appelle la génomique fonctionnelle. L’enjeu est de taille puisque ce sont des dizaines ou des centaines de millions de patients à travers le monde qui sont concernés.
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